mardi 26 février 2013

L’autobiographie n’est pas un projet littéraire qui se suffit à lui-même

Le mariage est encore aujourd’hui un grand événement dans la vie des gens, il regorge de matériaux dramatiques pour un écrivain. Mais mon désir était surtout d’écrire sur comment le fait de lire sur le mariage affecte nos comportements amoureux. C’est pourquoi l’épigraphe du livre est une citation de La Rochefoucauld : « Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour. » Être marié n’est pas un fait naturel ou biologique, mais la culture nous convainc que c’est ce qui doit nous arriver.

Je ne crois pas que l’autobiographie constitue un projet littéraire qui puisse se suffire à lui-même. J’ai besoin de trouver des liens entre la littérature et la vie, donc j’écris sur des lieux où je suis allé, sur le genre de personnes que je connais. Mais je ne veux pas raconter des histoires de ma vie — d’ailleurs, la plupart ne sont pas passionnantes.

Quand j’étais à l’université, je pensais que devenir religieux était la chose la plus rebelle que l’on pouvait faire. Il était facile de devenir punk, mais devenir religieux, c’était vraiment bizarre.

Je me rends compte maintenant que j’ai sans doute connu plusieurs maniacodépressifs et, plus important encore, que j’ai rencontré des femmes qui étaient sorties avec des maniacodépressifs. Elles en parlaient beaucoup, car leurs relations étaient à la fois très dures et très belles, un peu comme d’avoir le pire et le meilleur petit ami en même temps. Ce potentiel dramatique m’a interpellé, et la seule chose dont j’étais sûr au sujet de Madeleine, c’est qu’elle aurait un petit ami maniacodépressif.

Le plus difficile est de créer des personnages. Je me suis amélioré à chaque fois, mais on apprend un peu plus à chaque roman…

Extraits de l’entretien avec l’écrivain Jeffrey Eugenides, propos recueillis par Clémentine Gallot et Juliette Reitzer, et publiés dans Trois couleurs, magazine des cinémas mk2.