Archives pour août 2013





dimanche 4 août 2013

Culture pub


Deux récentes campagnes de publicité ayant trait à la culture et aux musées m’ont particulièrement enthousiasmé, parce qu’elles ont selon moi intelligemment lié vérités trop rarement dites, humour décalé et impact visuel.

Elles ont fait la promotion, pour la première que je présente ici, d’une manifestation culturelle de grande ampleur : Marseille Provence – Capitale de la culture 2013, qui se décline en six visuels et trois vidéos (voir plus loin), et pour la deuxième, d’un établissement culturel : le Musée de l’histoire de l’immigration, campagne qui se décline en quatre visuels.

Cliquez sur les images pour les agrandir.

MP2013 MP2013 MP2013

MP2013 MP2013 MP2013

Musée de l'histoire de l'immigration Musée de l'histoire de l'immigration Musée de l'histoire de l'immigration Musée de l'histoire de l'immigration

Détourner les codes

Ces deux campagnes ont en commun de jouer sur des poncifs, par définition connus de tous, en les déconstruisant : c’est pourquoi elles sont si efficaces.

Pour résumer, deux clichés sont attaqués : le premier qui restreindrait le territoire culturel français à Paris (et qui ferait de Marseille une ville uniquement peuplée de boulistes, de pêcheurs et de oisifs), et le deuxième qui donnerait un visage exclusivement caucasien à la France (et qui oublierait le métissage qui est à la base de la culture et de l’histoire du pays).

Culture pour tous

En outre, ces campagnes mettent en scène une idée forte liée à la démocratisation culturelle, caractéristique de la nouvelle orientation des musées au XXIe siècle (et plus particulièrement peut-être des musées d’ethnologie que sont le Musée de l’histoire de l’immigration et le MuCEM, phare de MP2013, dont les thématiques et les collections, pluridisciplinaires, brassent l’histoire, l’anthropologie, les beaux-arts, l’art contemporain, etc.).

Cette idée est double : elle induit un raisonnement qui prend la forme d’une boucle.

Il s’agit d’abord de montrer que l’art n’est pas confiné aux musées et peut facilement en sortir. Et même, que la culture est moins une occupation de bourgeois, un savoir hors d’atteinte, qu’un regard sur les choses, une (belle) manière d’appréhender la vie, une disponibilité, une attitude d’ouverture face au monde que tout le monde peut faire sienne.

Comme l’écrit Baptiste Lanaspeze dans Marseille, ville sauvage, on pourrait entendre la culture « non pas tant comme un secteur d’activité ni comme un corpus d’œuvres, d’artistes ou de disciplines, que comme cet ensemble d’usages et de représentations qui structure notre action, notre vie, et le sens que nous lui donnons. Dans cette conception, culture et société sont étroitement imbriquées, et se fondent dans l’idée plus globale de “civilisation”. »

C’est ce que montrent le quatrième et le cinquième visuels de la campagne de MP2013, qui à la fois jouent avec les clichés de la Provence et nous rappellent que les toiles les plus emblématiques de Van Gogh et de Cézanne sont nées en plein air, dans des paysages que les Provençaux connaissent bien.

Il s’agirait presque de “désinstitutionnaliser” l’art pour le rendre au peuple — bien que l’opération Marseille Provence – Capitale de la culture 2013 soit souvent critiquée pour imposer une vision élitiste, parisienne, de la culture, à une ville qui porte depuis longtemps en elle une pratique populaire et alternative de la création artistique.

Le sixième visuel nous dit que l’art contemporain, réputé difficile, est souvent visible partout autour de nous sous forme de sculptures ou d’installations, jusque dans nos objets les plus quotidiens. La phrase qui apparaît sur l’image fait partie de ces remarques téléphonées qui nous viennent devant une œuvre d’art, et contribue encore plus à mettre cette campagne à hauteur d’homme, en renforçant l’identification.

Dans le même ordre d’idée, les trois spots vidéos que l’on peut visionner ci-dessous se moquent de la culture quand elle se réduit à une pose élitiste, ou un discours abscons.

Il s’agit ensuite de montrer la dynamique inverse, à savoir que le monde extérieur, le quotidien de tout un chacun constitue un patrimoine, et peut donc entrer dans un musée (pour la campagne du MHI, avec la phrase « Ton grand-père dans un musée. »). Le musée s’avère un outil accessible à tous, qui permet de mieux comprendre la société, plus profondément, en l’inscrivant dans des perspectives plus larges.

On trouve là l’idée de transmission, d’une mémoire à conserver pour les générations suivantes. Le musée est là pour accompagner, enseigner, éduquer.

Le musée : un grand livre d’Histoire

Une autre campagne, moins percutante à mon sens, reprenait ces idées : je parle de celle qui annonçait l’ouverture du MuCEM à Marseille, et dont les affiches montraient des femmes et des hommes de type méditerranéen, accompagnés du slogan : « Toute la Méditerranée se raconte au MuCEM ».

La Méditerranée qui se raconte, l’immigration qui fait des histoires… Un parcours de visite au sein d’un musée est d’abord un récit, et de l’histoire de l’art à l’histoire des civilisations, les musées veulent désormais nous montrer qu’ils sont là pour nous parler de NOTRE histoire, et pour nous aider à la redécouvrir et à la décoder.

Liens externes :

Marseille Provence 2013 →

Musée de l’histoire de l’immigration →



samedi 3 août 2013

Marseille hermaphrodite


Le Fort Saint-Jean et le Vieux-Port

Côté du soleil, une tour vermeille, deux ou trois cylindres entubés l’un dans l’autre, une lunette marine fichée dans la verticale, le fort Saint-Jean. Il est rond, il est dur, il est mâle.

[…]

[Marseille] est couchée sur le dos : ses deux cuisses sont levées, les pieds forts et solides sur la terre, au sud la Corniche jusqu’à Mont-Redon, au nord la Joliette jusqu’à Berre. Sur le genou droit, les Accoules ; Notre-Dame-de-la-Garde, sur la gauche ; et le sexe de cette Circé puissante, long et du plus fier dessin, s’ouvre par le Vieux-Port. Les mâts sont dans la ville ; les bateaux mouillent au milieu des rues pleines d’hommes.

André Suarès, Marsiho