Archives pour juillet 2012





mardi 31 juillet 2012

Marseille


Marseille

Je m’immobilisai en haut du grand escalier. « Marseille », me dis-je. Sous le ciel bleu, des tuiles ensoleillées, des trous d’ombre, des platanes couleur d’automne ; au loin des collines et le bleu de la mer ; une rumeur montait de la ville avec une odeur d’herbes brûlées et des gens allaient, venaient au creux des rues noires. Marseille.

La Force de l’âge, Simone de Beauvoir



mercredi 25 juillet 2012

Medinet-Abou


Medinet-Abou, rive ouest de Louxor, Égypte

Les montagnes sont indigo foncé (côté de Medinet-Abou) – du bleu par-dessus du gris noir, avec des appositions longitudinales lie-de-vin, dans les fentes des vallons – les palmiers sont noirs comme de l’encre – le ciel est rouge – le Nil a l’air d’un lac d’acier en fusion.

Voyage en Égypte, Flaubert



mardi 24 juillet 2012

Correspondance


Une rue de León, au Nicaragua

La vie à Miami est exaltante, écrit Mayra dans sa première lettre à Emilio. Je me suis fait plein d’amies, et bien sûr des amis. Les Américains sont vraiment très beaux, et j’ai beaucoup de succès en tant que Nicaraguayenne, je ne pensais pas que notre race était aussi appréciée à l’étranger. C’est enivrant, mais bien sûr je ne t’oublie pas, et dès que tu pourras venir en Floride, tout redeviendra comme avant entre nous, car je t’aime toujours.


Comme je suis content d’apprendre que tu vas bien et que tu t’amuses tant, répond Emilio par retour. Moi non plus, je ne m’ennuie pas. Je ne voulais pas le croire mais les filles de León sont en effet les plus belles du pays. J’étais avec Isabela jusqu’à hier, mais j’en ai eu assez, et ce soir je suis très excité à l’idée de retrouver la belle Flora avec qui j’ai déjà passé une nuit sensationnelle. Nous l’avons fait cinq fois.

J’espère que tu découvres toi aussi ces délices à côté desquels nous sommes passés.

Ta lettre m’a fait un bien terrible, comme une décharge électrique, je me suis rendu compte à quel point nos préoccupations divergeaient. Toi les boîtes de nuit et la plage, et moi tout entier à mes études. Je pense que je n’aurai aucun mal à devenir médecin si les circonstances financières me le permettent, car la situation est pire chaque jour, autant pour ma famille que pour le pays. J’ai vendu la chaîne en or que tu m’avais offerte lors de nos secrètes fiançailles (tu t’en souviens ? Quelle drôlerie quand j’y repense !). Ainsi, j’ai pu payer les quinze derniers jours de ma chambre, car n’ayant plus de co-locataire, je suis vraiment très serré question argent.

Je ne crois pas me rendre un jour dans ton nouveau pays. Pour nous ici, qui luttons contre la misère, les Etats-Unis ne sont pas des alliés fraternels, si tu vois ce que je veux dire.

Ça commence à péter de tous les côtés, Masaya, San Juan del Sur, les répressions les plus féroces ne font qu’enfler la popularité des sandinistes, et la conviction générale est que Somoza doit partir, va partir. Et avec lui tous ceux qui le soutiennent et se sont rendus complices des tortures et des massacres. J’espère que je ne commets pas une imprudence en t’écrivant cela.

Je te souhaite de réussir comme mannequin et dans toutes les autres activités dont tu parles. Point final.

Retour à Eden, Christophe Donner



mercredi 11 juillet 2012

Edward Hopper et Suzanne Vega


Edward Hopper



dimanche 8 juillet 2012

Rastignac


Rastignac contemplant Paris

Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine, où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s’attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnante un regard qui semblait par avance en pomper le miel, et dit ces mots grandioses : — À nous deux maintenant !

Dernières lignes du Père Goriot, Balzac